Le bois debout
La maison s'élève
À l'origine des temples
Églises debout
Pagodes à consoles
  La maison s'élève

3.1 Maison traditionnelle (Célebes)


3.2 Maison traditionnelle, Kyoto (Japon)


Pendant longtemps, on assura la stabilité des édifices en enfonçant les poteaux directement dans le sol.

En réalisant un encastrement en pied et avec des poteaux de sections importantes pour éviter une trop grande flexibilité, les structures des bâtiments pouvaient se dispenser de contreventement. Cette solution ne présentait pas une grande pérennité (risque de pourriture) qu'on essayait d'améliorer par l'utilisation d'essences résistantes (Chêne en europe, Teck en Asie…) ou en carbonisant les extrémités enterrées.

Un changement important se fit lorsqu'on commença à placer les poteaux sur des pierres et plus tard sur une poutre de pourtour.

Cette technique fut utilisée dans l'architecture minoenne et crétoise, et se développa ensuite chez les romains. En élevant la maison hors-sol, les bâtisseurs amélioraient la durée de vie de leurs ouvrages, mais ils changeaient aussi tous les principes de stabilité. Ce n'est plus le pied qui rigidifie l'ouvrage mais d'autres dispositifs qu'il va falloir inventer

Pieds de pierre

Les pierres d'appuis appartiennent à un registre formel très riche. Les pierres brutes, et les galets restent empruntés d'un caractère “naturel” mais avec les pierres sculptées, ce sont déjà les bases des colonnes qui s'esquissent.


3.3 Temple Nashronganji, Kyoto (Japon)

  À l'origine des temples

4.1 Reconstitution de la charpente du temple d'Apollon


4.2 Charpente du temple de Thermos Grèce
(Étude et Reconstitution de J.P.Adam)


Durant les derniers siècles avant J.-C., le bois devient, avec la pierre, un matériau de construction privilégié dans l'architecture Grecque.

Ainsi, Pline l'Ancien (23 à 79 ans après J.-C.) nous donne dans son Histoire naturelle une description précise des essences forestières usuelles dans la construction, des outils utilisés pour le travail du bois (hache, scie, rabot), ainsi que de la préparation et de l'emploi des colles connues à l'époque.

Entre 160 et 180 ans après J.-C., Pausanias rédige une description de la Grèce. On remarque que le premier temple de Delphes fut construit en bois de laurier et que les temples d'Apollon à Thermes, d'Héra à Lycènes et de Poséidon Hippios à Mantinée étaient bâtis en Chêne. Les colonnes du temple d'Héra à Métaponte, elles, auraient été réalisées en bois de vigne.

Vers le VIème siècle avant J.-C., on constate une transposition en pierre des éléments en bois ou en terre cuite des temples. Dans son traité d'architecture (environ 25 ans avant J.-C.), l'architecte-ingénieur Vitruve nous explique comment les structures des entablements doriques et ioniques sont nées de cette transposition.

Bien que n'étant pas tout à fait exacte, la description de Vitruve nous renseigne pourtant sur un véritable processus de pétrification de l'architecture de bois, dans laquelle l'architecture de pierre puisera son vocabulaire.





Reconstitution archéologique de l'entablement des temples doriques

L'entablement est constitué par une double assise de sablières. Sur l'assise la plus haute reposent les arbalétriers, qui, au début, ne sont pas solidaires des entraits; ils répondent à la préoccupation constante des bâtisseurs grecs de rendre la charpente indépendante des murs, et de prendre pour appui les colonnes et les pilastres rappellant les bâtis primitifs entièrement en bois.

La première sablière deviendra l'architrave; elle correspond en fait au plafond. La seconde sablière forme l'armature de base de la charpente. La frise des entablements doriques et ioniques est un élément de protection formé par des plaques (les métopes) et des grilles (les triglyphes) correspondant à des fenêtres ou à de simples ouvertures d'aération, par de longues plaques de terre cuite décorées ou encore, par des planches peintes fixées contre les sablières pour fermer le vide laissé entre les deux assises.

4.3 Reconstitution de l'entablement
(d'après la description de Vitruve)


4.4 Principe de charpente utilisé par les grecs
(Étude et Reconstitution J.P. Adam)


  Églises debout

5.1 Stavkirke de Borgund (Norvège)


5.2 Stavkirke de Borgund (Norvège)
Coupe transversale


En Europe, c’est en Norvège qu’une des formes les plus remarquables de la construction en “bois debout” fit son apparition dans l’architecture religieuse.

Lors de leurs raids à l’Ouest et au Sud de l’Europe, les Vikings adoptent au XIème siècle une nouvelle religion et empruntent certaines techniques. Tout au long des XIIème et XIIIème siècles, ils édifieront des églises à l’expression architecturale caractéristique : les stavkirke.

Les églises en bois debout se caractérisent par des poteaux (stav) qui prennent appui sur des longrines en bois. Le dispositif qui isole le pied de poteau du sol est un facteur de conservation mais il diminue la stabilité de l’édifice. Pour assurer cette stabilité horizontale, les têtes de poteaux sont prises entre deux poutres contreventées par des croix de Saint André formant ainsi un cadre rigide. Un contreventement complémentaire est apporté au pied des chevrons formant fermes dans le plan de la couverture par des pièces en bois courbes.

Pour des raisons structurelles, la portée des poutres était limitée (entre 3 et 5 mètres). Les églises s'appuient donc sur un grand nombre de colonnes en bois.

Le plus remarquable dans ces édifices réside sans doute dans la totale osmose entre la trame dense des poteaux, l’organisation concentrique du plan (nef, collatéraux, galerie) et l’expression volumétrique de l’ensemble, notamment dans la hiérarchie des toitures.

Trois assemblages du bois:

Outre les principes de stabilité, les "stavkirke" mettent en œuvre trois dispositifs particuliers d’assemblage du bois: l’enfourchement des longrines bloquées par les pieds de poteaux comme à Fantoft, les remplissages des murs extérieurs, réalisés par des madriers fendus assemblés par de fortes rainures et languettes comme à Heidal, les bardeaux de couverture ou de façade fixés par des chevilles en bois sur leur support comme à Eldsborg.

5.3 Église de Heidal (Norvège)

5.4 Église de Fantoft (Norvège)


5.5 Église de Eldsborg (Norvège)


  Pagodes à consoles

6.1 Temple de Pusokusa (Corée)


6.2 Temple de Kyomizu à Kyoto (Japon)


Un élément caractéristique de la construction chinoise en bois est la pagode.

Les premiers exemples rappellent non seulement les tours de l'époque Han (206 ans avant à 220 ans après J.-C.), mais aussi les tours retrouvées en Inde, en particulier la tour en bois du roi Kanishka (IIème siècle).

Ces pagodes avaient un plan de base rectangulaire; leurs toitures reposaient sur des colonnes en bois et des consoles.

La structure à consoles et la multiplication des assemblages qui lui sont liés jouent un rôle structurel très important dans un système de charpente caractérisé par l'absence d'éléments de stabilité triangulés.

Cet élément de l'ossature a revêtu au fil du temps des formes de plus en plus variées. Les bras des consoles s'arc-bouteront toujours plus haut, dans une esthétique et une structure remarquables.Cette technique se diffusera dans tous les pays orientaux (Corée, Japon, Thaïlande, etc.).


Les dougong: supports d'encorbellement

Les dougong en tant qu'éléments de structure sont des systèmes constitués de multiples petites pièces de bois, qui servent à soutenir les saillies du toit ainsi qu'à réduire la portée libre des poutres principales de l'intérieur de l'édifice. Ils sont constitués de deux parties: des pièces cubiques (dou) et des pièces allongées et recourbées aux extrémités (gong). Ces dernières sont des sortes de corbeaux qui ont pour fonction d'équilibrer les charges s'exerçant en porte-à-faux de part et d'autre des poteaux et d'assurer la liaison entre les travées en portant les madriers. À ces deux pièces se rajoute une pièce inclinée (ang), qui joue un rôle de levier pour maintenir l'équilibre entre la partie intérieure et la partie extérieure de la toiture. Les ang exploitent le poids de la toiture elle-même pour maintenir la stabilité de l'encorbellement.