Béton : rusticité moderne

Présentation
Technique 
A l'heure où l'architecture moderne est synonyme de grands voiles en béton lisses, illustrant des procédés de fabrication industriels, Hervé Beaudouin a mis au point, au sein de son agence d'architecture, un béton dont la granularité, la mise en oeuvre et la teinte chaleureuse lui confèrent un aspect proche de la pierre.

La technique du béton calcaire est issue de plusieurs sources qui entrent dans le cadre des recherches que mène Hervé Beaudouin, depuis 1980, sur les pratiques et les savoir-faire spontanés. Il évoque cette architecture vernaculaire, rencontrée dans les campagnes et produite par les paysans eux-mêmes, les églises saintongeaises, les murs aux angles arrondis du pays mellois, l'architecture de L. Baragan, l'architecture méditerranéenne et les maisons du cap à Ibiza, qu'il a beaucoup photographiées.

Il s'est imprégné des nombreux exemples de vieux bétons artisanaux dont la matière frustre, la texture brute, la patine, les mousses et les lichens les font ressembler à la pierre.

Dans ces bétons, l'aspect fonctionnel prime et l'esthétique du béton une fois décoffré est secondaire. Les murs sont souvent coulés par petites hauteurs, ce qui multiplie les reprises. Le béton n'est pas vibré, ce qui le rend hétérogène et produit un effet plastique spontané.

Les études menées par Hervé Beaudouin sur des expériences constructives en pierre banchée réalisées dans les années 1997 à 1999 sont les premières tentatives de réintégrer toutes ses qualités dans un matériau moderne. Parmi elles, l'atelier de la rue de Strasbourg à Niort, la bibliothèque de Chauray, le centre médico-social de Melle et la Halle de la Sèvre à Niort.

Le béton calcaire a été utilisé pour la première fois dans le projet de la cour Michelet à Niort (Deux-Sèvres), construit en 2000, on voit déjà dans le mariage de ce matériau moderne avec les bâtiments anciens, un grand potentiel dans le domaine de la réhabilitation.

Dans l'exemple du musée des Arts du Cognac à Cognac (Charente), inauguré en 2004, la technique est mise en valeur par d'importants porte-à-faux qui font apparaître un paradoxe intéressant entre un matériau performant et son aspect rustique.

Il est plus difficile de retrouver cet aspect spontané à plus grande échelle, car les entreprises ont l'habitude de travailler avec des voiles aux parements lisses.

L'expérience nous montre pourtant tout l'intérêt de cette technique pour redonner aux murs une matérialité que l'architecture blanche a trop vite effacée.

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